TEXTES 1er TRIMESTRE – 2017/2018

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 Imaginaire Compagnie - ateliers théâtre à Lille-Hellemmes

 

 

ATELIER « PRATIQUE THÉÂTRALE »
MARDI 18h/20h

 

Valérie F.

 

Pourquoi que je vis

Boris Vian

 

 

Pourquoi que je vis
Pourquoi que je vis
Pour la jambe jaune
D’une femme blonde
Appuyée au mur
Sous le plein soleil
Pour la voile ronde
D’un pointu du port
Pour l’ombre des stores
Le café glacé
Qu’on boit dans un tube
Pour toucher le sable
Voir le fond de l’eau
Qui devient si bleu
Qui descend si bas
Avec les poissons
Les calmes poissons
Ils paissent le fond
Volent au-dessus
Des algues cheveux
Comme zoizeaux lents
Comme zoizeaux bleus
Pourquoi que je vis
Parce que c’est joli

 

.

 

Claire D.

Déjeuner du Matin

Prévert

 

Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s’est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis
Son manteau de pluie
Parce qu’il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j’ai pris
Ma tête dans ma main
Et j’ai pleuré.

 

 

 

 

 

 

Christine M.

BELOVED

TONI MORRISSON

 

Beloved, elle est ma fille.  Elle est à moi. Voyez.

Elle est revenue à moi de son plein gré et je n’ai rien besoin d’expliquer

Je n’ai pas eu le temps d’expliquer avant, parce qu’il fallait faire vite

Vite

Il fallait qu’elle soit en sécurité, et je l’ai mise là où elle le serait

Mais mon amour était coriace et, maintenant, elle est revenue

Je savais qu’elle reviendrait

Paul D  l’a chassée, alors elle n’avait pas d’autre choix que de me revenir en chair et en os

Quand je lui expliquerai, elle comprendra, parce qu’elle a déjà tout compris

Je la soignerai comme aucune mère n’a jamais soigné un enfant, une fille

Personne n’aura jamais plus mon lait, en dehors de mes propres enfants

Je n’ai jamais eu à le donner à qui que ce soit d’autre – et la seule fois où je l’ai fait, il m’a été pris –

Ils m’ont maintenue par terre et ils l’ont volé. Le lait qui appartenait à mon bébé

 

 

Géraldine

The Rules Of Attraction

Roger Avary (2002)

J’ai laissé un nouveau message dans ton casier, encore une missive bien tiède pour traduire les désirs de mon cœur. Tu penses probablement que je suis une espèce de folle, mais ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai. Tout ce que je veux, c’est Toi. Il y a forcément quelque chose que tu veux de moi. Si seulement Tu savais. Ces petits mots sont si durs à écrire. Je résiste sans cesse à la tentation de les parfumer; je voudrais éveiller chacun de tes sens : l’ouïe, l’odorat, le goût… Une fois que je les ai glissés dans ton casier, je serre les dents et je ferme les yeux très fort, mes mains deviennent des griffes affreuses. Ça me demande du courage. Un courage qui m’énerve et me tiraille. Quand je te touche , quand j’imagine que je te touche, j’éprouve une sensation étrangement délicieuse et dégoûtante à la fois. Ça pique. Ces sentiments me font mal. Mes yeux sont toujours prêts à te rencontrer. Ils veulent t’affronter, se débattre dans des draps de lin soyeux, à l’abri, contre tes bras, tes bras puissants. Je voudrais t’emmener avec moi en Arizona; je voudrais même te présenter à ma mère. L’amour a pris racine, et si nous ne brûlons pas ensemble, je brûlerai toute seule.

 

 

 

 

 

 

 

Théo

Petit ourson (Kaamelott)

Alexandre ASTIER

Eh bien, c’est l’histoire d’un petit ourson qui s’appelle… Arthur. Et y’a une fée, un jour, qui vient voir le petit ourson et qui lui dit : Arthur tu vas partir à la recherche du Vase Magique. Et elle lui donne une épée hmm… magique (ouais, parce qu’y a plein de trucs magiques dans l’histoire, bref) alors le petit ourson il se dit : « Heu, chercher le Vase Magique ça doit être drôlement difficile, alors il faut que je parte dans la forêt pour trouver des amis pour m’aider. » Alors il va voir son ami Lancelot… le cerf (parce que le cerf c’est majestueux comme ça), heu, Bohort le faisan et puis Léodagan… heu… l’ours, ouais c’est un ours aussi, c’est pas tout à fait le même ours mais bon.

Et donc Petit Ourson, il part avec sa troupe à la recherche du Vase Magique. Mais il le trouve pas, il le trouve pas parce qu’en fait pour la plupart d’entre eux c’est… c’est des nazes : ils sont hyper mous, ils sont bêtes, en plus y’en a qu’ont la trouille. Donc il décide de les faire bruler dans une grange pour s’en débarrasser… Donc la fée revient pour lui dire : « Attention petit ourson, il faut être gentil avec ses amis de la forêt » quand même c’est vrai, et du coup Petit Ourson il lui met un taquet dans la tête à la fée, comme ça : « BAH ! ».Alors la fée, elle est comme ça et elle s’en va… et voilà et en fait il trouve pas le vase. En fait il est… il trouve pas… et Petit Ourson il fait de la dépression et tous les jours il se demande s’il va se tuer, ou… pas…

 

 

Bastien

Le dictateur

Charlie Chaplin

Espoir… Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n’est pas mon affaire.

Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions, les êtres humains sont ainsi faits. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur. Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne. Chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre, mais nous l’avons oublié. L’envie a empoisonné l’esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes.

Les machines qui nous apportent l’abondance nous laissent dans l’insatisfaction.

Notre savoir nous a fait devenir cyniques. Nous sommes inhumains à force d’intelligence, nous pensons beaucoup trop et nous ne ressentons pas assez. Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d’humanité.

Nous sommes trop cultivés et nous manquons de tendresse et de gentillesse.

Sans ces qualités humaines, la vie n’est plus que violence et tout est perdu.

Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l’être humain, que dans la fraternité, l’amitié et l’unité de tous les hommes.

 

Laurent

Page d’écriture

Jacques Prévert

 

Deux et deux quatre

quatre et quatre huit

huit et huit font seize…

Répétez ! dit le maître

Deux et deux quatre

quatre et quatre huit

huit et huit font seize.

Mais voilà l’oiseau-lyre

qui passe dans le ciel

l’enfant le voit

l’enfant l’entend

 

l’enfant l’appelle

Sauve-moi

joue avec moi

oiseau !

Alors l’oiseau descend

et joue avec l’enfant

 

Deux et deux quatre…

Répétez ! dit le maître

et l’enfant joue

l’oiseau joue avec lui…

Quatre et quatre huit

huit et huit font seize

et seize et seize qu’est-ce qu’ils font ?

Ils ne font rien seize et seize

et surtout pas trente-deux

de toute façon

et ils s’en vont.

 

Et l’enfant a caché l’oiseau

dans son pupitre

et tous les enfants

entendent sa chanson

et tous les enfants

entendent la musique

et huit et huit à leur tour s’en vont

et quatre et quatre et deux et deux

à leur tour fichent le camp

et un et un ne font ni une ni deux

un à un s’en vont également.

Et l’oiseau-lyre joue

et l’enfant chante

et le professeur crie :

Quand vous aurez fini de faire le pitre !

Mais tous les autres enfants

écoutent la musique

et les murs de la classe

s’écroulent tranquillement.

Et les vitres redeviennent sable

l’encre redevient eau

les pupitres redeviennent arbres

la craie redevient falaise

le porte-plume redevient oiseau.

 

 

Yvon-Paul

La quête

Jacques BREL

 

 

Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d’une possible fièvre
Partir où personne ne part

Aimer jusqu’à la déchirure
Aimer, même trop, même mal,
Tenter, sans force et sans armure,
D’atteindre l’inaccessible étoile

Telle est ma quête,
Suivre l’étoile
Peu m’importent mes chances
Peu m’importe le temps
Ou ma désespérance
Et puis lutter toujours
Sans questions ni repos
Se damner
Pour l’or d’un mot d’amour
Je ne sais si je serai ce héros
Mais mon cœur serait tranquille
Et les villes s’éclabousseraient de bleu
Parce qu’un malheureux

Brûle encore, bien qu’ayant tout brûlé
Brûle encore, même trop, même mal
Pour atteindre à s’en écarteler
Pour atteindre l’inaccessible étoile.

 

 

Martin

« 1984 »

George Orwell
(O’Brien parlant à Winston)
…Dieu c’est le pouvoir. Mais actuellement, le pouvoir, pour autant qu’il vous concerne, n’est pour vous qu’un mot. Il est temps que vous ayez une idée de ce que signifie ce mot pouvoir. Vous devez premièrement réaliser que le pouvoir est collectif. L’individu n’a de pouvoir qu’autant qu’il cesse d’être un individu. Vous connaissez le slogan du Parti « La liberté, c’est l’esclavage. » Vous êtes-vous jamais rendu compte qu’il était réversible ? « L’esclavage, c’est la liberté. » Seul, libre, l’être humain est toujours vaincu. Il doit en être ainsi  puisque le destin de tout être humain est de mourir, ce qui est le plus grand de tous les échecs. Mais s’il peut se soumettre complètement et entièrement, s’il peut échapper à son identité, s’il peut plonger dans le parti jusqu’à être le Parti, il est alors tout-puissant et immortel.

 

 

 

 

 

 

 

Claire C.

Raymond DEVOS

A tort ou à raison

 

On ne sait jamais qui a raison ou qui a tort. C’est difficile de juger. Moi, j’ai longtemps donné raison à tout le monde. Jusqu’au jour où je me suis aperçu que la plupart des gens à qui je donnais raison avaient tort ! Donc, j’avais raison ! Par conséquent, j’avais tort !

Tort de donner raison à des gens qui avaient le tort de croire qu’ils avaient raison. C’est-à-dire que moi qui n’avais pas tort, je n’avais aucune raison de ne pas donner tort à des gens qui prétendaient avoir raison, alors qu’ils avaient tort ! J’ai raison, non ? Puisqu’ils avaient tort !

Et sans raison, encore ! Là, j’insiste, parce que …moi aussi, il m’arrive que j’aie tort. Mais quand j’ai tort, j’ai mes raisons, que je ne donne pas.

Ce serait reconnaître mes torts !!! J’ai raison, non ? Remarquez … il m’arrive aussi de donner raison à des gens qui ont raison.

Mais, là encore, c’est un tort. C’est comme si je donnais tort à des gens qui ont tort.

Il n’y a pas de raison ! En résumé, je crois qu’on a toujours tort d’essayer d’avoir raison devant des gens qui ont toutes les bonnes raisons de croire qu’ils n’ont pas tort !

 

 

 

Geneviève

L’avare

Molière

(Il crie au voleur dès le jardin, et vient sans chapeau) Au voleur! Au voleur ! A l’assassin ! Au meurtrier ! Justice, juste Ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné, on m’a coupé la gorge, on m’a dérobé mon argent. Qui peut-ce être ? Qu’est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir? Où ne pas courir? N’est-il point là ? N’est-il point ici ? Qui est-ce ? Arrête. Rends-moi mon argent, coquin. (Il se prend lui-même le bras.) Ah ! C’est moi. Mon esprit est troublé, et j’ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas! Mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! On m’a privé de toi; et puisque tu m’es enlevé, j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n’ai plus que faire au monde : sans toi, il m’est impossible de vivre. C’en est fait, je n’en puis plus; je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N’y a t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m’apprenant qui l’a pris ? Euh? Que dites-vous ? Ce n’est personne.

 

 

 

Valérie B.

Linda LEMAY

L’époustouflante

J’suis arrivée une bonne demi-heure
plus tôt que l’heure d’mon rendez-vous
le temps d’être sûre de la couleur
pour ne pas regretter après coup
le temps d’fouiller dans les revues
pour découvrir Claudia Schiffer
les bras en l’air à moitié nue
bien entendu belle comme un coeur
c’est alors que j’ai eu un flash
j’ai dit « c’est comme elle que je les veux »
mon vieux faut pas que tu me les gâches
ce soir je vois mon amoureux
j’ai insisté sur la longueur
y a dit « du calme chère cliente
soyez tranquille, ayez pas peur
je vais vous rendre époustouflante »
Il m’a dit : « je connais mon art

Je te fais confiance

 

 

 

 

Bernadette

Oural ouralou

Jean Ferrat

 

 

C’est dans l’aube chère à Verlaine
Que tu courais notre domaine
Humant l’air des quatre saisons
Odeurs de thym et de bruyère
Sous tes pattes fraîches légères
S’élevaient comme une oraison
Berger des landes familières
Tu vivais digne et solitaire
Animal doué de raison
J’écris ce jour anniversaire
Où tu reposes sous la terre
A deux pas de notre maison

Jour après jour il faut l’admettre
Voir ceux qu’on aime disparaître
C’est ce qui fait vieillir trop tôt
Au paradis des chiens peut-être
Ton long museau à la fenêtre
Tu nous accueilleras bientôt
Au triple galop caracole
Je vois tes pattes qui s’envolent
Chevauchant l’herbe et les nuées
Le vent siffle dans ton pelage
Vole vole mon loup sauvage
Comme au temps des vertes années

 

 

 

Brigitte

NOUGARO

Le coq et la pendule

 

 

Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Tous les goûts sont dans la nature…
D’ailleurs ce coq avait bon goût
Car la pendule était fort belle
Et son tic-tac si doux si doux
Que le temps ne pensait surtout
Qu’à passer son temps auprès d’elle
Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
De l’aube jusqu’au crépuscule
Et même la nuit comme un hibou
L’amour le rendant coqtambule
Des cocoricos plein le cou
Le coq rêvait à sa pendule
Du Poitou

Mais ça faisait des conciliabules
Chez les cocottes en courroux
 » Qu’est-ce que c’est que ce coq, ce cocktail,
Ce drôle d’oiseau, ce vieux coucou
Qui nous méprise et qui ne nous
Donne jamais un petit coup dans l’aile ?  »
Ah, mesdames, vous parlez d’un jules !

Il est temps de venir à bout
De cette fable ridicule,
Pour imaginer le trépas de cette crête à testicules
Point n’est besoin d’être devin
La pendule sonne l’heure du repas
Coq au vin

 

 

ATELIER « DÉCOUVERTE DE SOI PAR LE THÉÂTRE » – MARDI 20h/22h

 

Nicolas D.

La 25e heure

Monty Brogan.

 

Moi aussi je vous emmerde tous autant que vous êtes !

J’emmerde cette ville et tous ces habitants.

J’emmerde les zonards qui font la manche aux feux rouges et qui s’foutent de ma gueule dès que j’ai le dos tourné.

J’emmerde les prêtres qui tripotent les gosses innocents avant d’aller dire la messe. J’emmerde l’église qui les protège, elle qui prétend nous délivrer du mal, et pendant qu’on y est, j’emmerde Jésus qui s’en est pas si mal tiré, un jour sur la croix, un week-end en enfer et la gloire éternelle avec les anges.

Et j’emmerde Oussama Ben Laden, Al Qaïda, ces hommes des cavernes et tous les connards intégristes où qu’ils se trouvent. Au nom des milliers d’innocents massacrés, je prie pour que vous cramiez en enfer pour l’éternité dans une carlingue d’avion en flammes, vous et vos 72 putes. Avec vos torchons sur la tête, vous êtes tout juste dignes de baiser mon royal cul d’Irlandais.

Non, non je t’emmerde toi, Mongomery Brogan. Tu avais toutes les cartes en mains et tu t’es démerdé pour tout foutre en l’air.

 

Nina

Martin Luther King

Discours prononcé le 28 Août 1963

 

Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain je fais toujours ce rêve : c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : “ Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ”.

Je rêve qu’un jour, sur les collines rousses de Georgie, les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve qu’un jour, même l’Etat du Mississippi, un Etat où brûlent les feux de l’injustice et de l’oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice.

Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve !

 

 

Cindy

Parler pour ne rien dire

Raymond DEVOS

 

Mesdames et messieurs … je vous signale tout de suite que je vais parler pour ne rien dire. Oh! Je sais! Vous pensez: « Si elle n’a rien à dire … elle ferait mieux de se taire! » Évidemment! Mais c´est trop facile! … C´est trop facile! Vous voudriez que je fasse comme tous ceux qui n´ont rien à dire et qui le garde pour eux ? Eh bien, non ! Mesdames et messieurs, moi, lorsque je n´ai rien à dire, je veux qu´on le sache ! Je veux en faire profiter les autres! Et si, vous-mêmes, mesdames et messieurs, vous n´avez rien à dire, eh bien, on en parle, on en discute! Je ne suis pas ennemi du colloque. Mais, me direz-vous, si on parle pour ne rien dire, de quoi allons-nous parler? Eh bien, de rien ! De rien ! Car rien … ce n´est pas rien ! La preuve, c´est qu´on peut le soustraire. Exemple: Rien moins rien = moins que rien ! Si l´on peut trouver moins que rien c´est que rien vaut déjà quelque chose ! On peut acheter quelque chose avec rien! En le multipliant Un fois rien … c´est rien. Deux fois rien … ce n´est pas beaucoup ! Mais trois fois rien! … Pour trois fois rien, on peut déjà acheter quelque chose ! … et pour pas cher ! Maintenant, si vous multipliez trois fois rien par trois fois rien : Rien multiplié par rien = rien. Trois multiplié par trois = neuf. Cela fait rien de neuf !

 

Delphine

INCENDIES

WAJDI MOUAWAD

 

C’est sûr, c’est sûr, c’est sûr, j’aurais bien mieux aimé vous rencontrer dans une autre circonstance mais l’enfer est pavé de bonnes circonstances, alors c’est plutôt difficile de prévoir. La mort, ça ne se prévoit pas. La mort, ça n’a pas de parole.

Elle détruit toutes ses promesses. On pense qu’elle viendra plus tard, puis elle vient quand elle veut. J’aimais votre mère. Je vous dis ça comme ça, de long en large : j’aimais votre mère. Elle m’a souvent parlé de vous. En fait pas souvent, mais elle m’a déjà parlé de vous. Un peu. Parfois. Comme ça. Elle disait: les jumeaux. Elle disait la jumelle, souvent aussi le jumeau. Vous savez comment elle était, elle ne disait jamais rien à personne. Je veux dire bien avant qu’elle se soit mise à plus rien dire du tout, déjà elle ne disait rien et elle ne me disait rien sur vous. Elle était comme ça. Quand elle est morte, il pleuvait. Je ne sais pas.

Ça m’a fait beaucoup de peine qu’il pleuve. Dans son pays il ne pleut jamais, alors un testament, je ne vous raconte pas le mauvais temps que ça représente. C’est pas comme les oiseaux, un testament, c’est sûr, c’est autre chose. C’est étrange et bizarre mais c’est nécessaire. Je veux dire que ça reste un mal nécessaire. Excusez-moi.

 

 

 

 

 

 

 

Colombe

La première gorgée de bière

Philippe Delerm

Un banana-split.
On n’en prend jamais. C’est trop monstrueux, presque fade à force d’opulence sucreuse. Mais voilà. On a trop fait ces derniers temps dans le camaïeu raffiné, l’amertume ton sur ton. Alors, pour une fois, on ne saute pas sur le menu la ligne réservée au banana-split.
– Et pour vous ?

– Un banana-split.
C’est assez difficile à commander, cette montagne de bonheur simple. Le garçon l’enregistre avec une objectivité déférente, mais on se sent quand même un peu penaud. Banana-split, c’est la gourmandise provocante et puérile, l’appétit brut. Quand on vous l’apporte, les clients des tables voisines lorgnent l’assiette avec un oeil goguenard.

La merveille étalée sous le nez, on n’a plus vraiment faim. Heureusement, le remords s’installe. C’est lui qui vous permettra d’aller au bout de toute cette douceur languissante. Une perversité salubre vient à la rescousse de l’appétit flageolant. Comme on volait enfant des confitures dans l’armoire, on dérobe au monde adulte un plaisir indécent, réprouvé par le code – jusqu’à l’ultime cuillerée, c’est un péché.

 

Julie

Garde à vue

Daniel Pina

 

Je vais rester ici encore longtemps ? Eh inspecteur Harry ! Ça fait des heures que je poireaute dans cette taule. Rendez-moi mon sac à main : j’ai vraiment besoin de me refaire une beauté !  Comment ? Je suis en garde à vue et en garde à vue on n’a rien à demander ?

Si vous voulez tout savoir, je me rendais chez Christian Lacroix et vous savez pourquoi gros naze, parce que je suis sa prochaine égérie !

Mais pourquoi voulez-vous que je reste en prison ? Mais enfin soyons réalistes, je ne vais pas être incarcérée pour avoir jeté au visage de ma principale rivale un peu de Vitrex.

Pourquoi j’ai fait ça ? C’est elle qui a été choisie, cette pouffe qui se prend pour une star.

Je voulais juste qu’elle soit indisponible pour prendre sa place. Voilà, vous savez tout, vous voyez que ce n’est pas bien grave tout ça…

Ce n’est rien en comparaison de mon crime ! Quel crime ?

Si j’ai bien compris cette pouffe est défigurée et aveugle parce que le produit n’était pas du lave-vitres mais du vitriol, c’est ça ? Oups ! Je suis vraiment désolée, j’ai dû me tromper de flacon ! Dommage, fini pour elle les défilés.

Bon alors vous me l’apportez ce sac à main, Christian Lacroix m’attend, et là j’ai vraiment besoin de me refaire une beauté.

 

 

Justine C.

La marche dans le ciel

Alexandre POUSSIN / Sylvain TESSON

J’ai toujours eu horreur de la marche. Le mot seul trébuche en bouche. Marcher, trainer sa carcasse, s’éreinter l’échine, se harasser les pieds, et cet inconfortable sentiment de perdre son temps. Pourtant nous partons marcher, six mois. Au programme : entre 4 000 et 6 000 kilomètres à pied, une traversée intégrale de l’Himalaya en longeant au plus près de sa crête axiale, en enchainant toutes ses vallées, en avalant tous ses cols. Pas le choix ! Apprendre à marcher. Apprendre à prendre le temps.

Notre idée était pourtant simple : trouver un chemin à l’est de l’Himalaya et le suivre toujours plus à l’ouest, jusqu’à l’hiver prochain, sans interruption, ni guide ni porteurs, sans logistique ni matériel, sans préparation ni autre argent qu’un pécule de survie. Nous n’avions pour tout bagage qu’un sac de couchage, un cahier, une flûte, un appareil photo, une paire de chaussette et un slip de rechange. Pas de tente, pas de réchaud, de gamelle ni d’autonomie alimentaire.

 

 

 

Annie

Les oiseaux se cachent pour mourir

Préface de Jean Easthope

 

Selon une légende, il est un oiseau qui ne chante qu’une seule fois de toute sa vie, plus suavement que n’importe quelle créature qui soit sur terre. Dès l’instant où il quitte le nid, il part à la recherche d’un arbre aux rameaux épineux et ne connaît aucun repos avant de l’avoir trouvé. Puis, tout en chantant à travers les branches sauvages, il s’empale sur l’épine la plus longue, la plus acérée.

Et en mourant, il s’élève au-dessus de son agonie dans un chant qui surpasse celui de l’alouette et du rossignol. Un chant suprême dont la vie est le prix.

Le monde entier se fige pour l’entendre, et Dieu, dans son ciel, sourit. Car le meilleur n’est atteint qu’aux dépens d’une grande douleur… ou c’est du moins ce que dit la légende.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Christophe L.

Invictus

William Ernest Henley

 

 

Dans la nuit qui m’environne,

Dans les ténèbres qui m’enserrent,

Je loue les dieux qui me donnent

Une âme à la fois noble et fière.

 

Prisonnier de ma situation,

Je ne veux pas me rebeller,

Meurtri par les tribulations,

Je suis debout, bien que blessé.

 

En ce lieu d’opprobre et de pleurs,

Je ne vois qu’horreur et ombres

Les années s’annoncent sombres

Mais je ne connaitrai pas la peur.

 

Aussi étroit que soit le chemin,

Bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme :

Je suis maître de mon destin ;

Et capitaine de mon âme.

 

 

Virginie

PARLER POUR NE RIEN DIRE

Raymond DEVOS

 

Mesdames et messieurs….je vous signale tout de suite que je vais parler pour ne rien dire. Oh ! Je sais ! Vous pensez : « Si elle n’a rien à dire, elle ferait mieux de se taire ! ». Evidemment. Mais c’est trop facile !…Mais c’est trop facile !

Vous voudriez que je fasse comme ceux qui n’ont rien à dire et qui le gardent pour eux ?

Eh bien non ! Mesdames et messieurs. Moi quand je n’ai rien à dire, je veux qu’on le sache ! Je veux en faire profiter les autres !

Et si vous-mêmes, mesdames et messieurs, vous n’avez rien à dire. Eh bien, on en parle, on en discute ! Je ne suis pas ennemi du colloque ! Mais me direz-vous, si on parle pour ne rien dire, de quoi allons-nous parler ?

Eh bien, de rien ! De rien ! Car rien, ce n’est pas rien ! La preuve, c’est qu’on peut le soustraire… Exemple : « Rien moins rien » = « moins que rien ». Si on peut trouver « moins que rien », c’est que rien vaut déjà quelque chose. En le multipliant : « une fois rien » ….c’est rien.  Deux fois rien, c’est pas beaucoup ! Mais trois fois rien… Pour trois fois rien, on peut déjà acheter quelque chose …et pour pas cher ! Maintenant, si vous multipliez trois fois rien par trois fois rien ! Rien multiplié par rien = rien. Trois multiplié par trois  =neuf ! Cela fait rien de neuf …

 

 

 

 

 

 

 

Géry

PAPILLON

BLAISE CENDRARS

 

C’est curieux

Depuis deux jours que nous sommes en vue des terres

Aucun oiseau n’est venu à notre rencontre ou se mettre dans notre sillage
Par contre
Aujourd’hui
A l’aube

Comme nous pénétrions dans la baie de Rio
Un papillon grand comme la main est venu virevolter

Tout autour du paquebot
Il était noir et jaune avec de grandes stries d’un bleu déteint.

 

Florian

Folle déliée

David MYRIAM

Je vis dans un monde de plus en plus étrange

dont la violente folie m’échappe

et les soucis lentement me mangent

à moins qu’ils ne m’écharpent

 

Des chats rassasiés de boîtes tuent toujours des proies dans les prés

des humains affamés meurent de solitude dans des villes surpeuplées

des jeunes attardés se battent pour des billets ou de l’avancement

les ronces et les frênes coupés repoussent chaque année obstinément

et chacun râle abondamment sur les choses qui vont de mal en pis

sans rien faire d’autre qu’alimenter le sein empoisonné qui les nourrit

 

Et le pire dans ce triste univers

c’est que tout le monde me regarde de travers

l’air surpris et inquiet,

comme si j’étais fou !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nicolas H.

La Fendt Squadra 1290 UD

La nouvelle Fendt Squadra 1290 UD convainc par sa puissance de pressage unique de 760 kN, qui permet des densités de pressage pouvant atteindre 245 kg/m³ pour la paille. Le nouveau boîtier principal Ultra et sa transmission transfèrent le mouvement avec encore plus d’efficacité. Le régime de prise de force du tracteur est d’abord augmenté à 1500 tr/min par une transmission intermédiaire montée sur la presse.

Comparée à la presse à balles carrées Fendt 1290 XD, cette augmentation de 50 % produit 130 % d’énergie au volant d’inertie en plus, tout en réduisant la puissance maximale requise et en assurant un fonctionnement parfaitement silencieux.

Dans le boitier principal Ultra, le couple moteur est réparti entre deux roues dentées tournant à la même vitesse et, finalement, renvoyé vers le grand pignon d’entraînement du piston.

 

 

 

 

 

Christophe S.

Sans dessus dessous

Raymond DEVOS

 

Actuellement, mon immeuble est sans dessus dessous. Tous les locataires du dessous voudraient habiter au dessus !

Tout cela, parce que le locataire qui est au-dessus est allé raconter par en dessous que l’air que l’on respirait à l’étage au-dessus était meilleur que celui que l’on respirait à l’étage en dessous ! Alors, le locataire qui est en dessous a tendance à envier celui qui est au-dessus et à mépriser celui qui est en dessous. Mais, moi, je suis au-dessus de ça !

D’autant que, comme la femme du dessous est tombée amoureuse de celui du dessus, celui du dessus n’a aucun intérêt à ce que le mari de la femme du dessous monte au dessus !
Alors là-dessus…quelqu’un est-il allé raconter à celui du dessous qu’il avait vu sa femme bras dessus, bras dessous avec celui du dessus ? Toujours est-il que celui du dessous l’a su ! Et un jour que la femme du dessous était allée rejoindre celui du dessus, comme elle retirait ses dessous, et lui ses dessus…

Je l’ai su parce que d’en dessous, on entend tout ce qui se passe au dessus…Bref ! Celui du dessous leur est tombé dessus ! Comme ils étaient tous les deux saouls, ils se sont tapés dessus ! Finalement, c’est celui du dessous qui a eu le dessus !

 

 

 

ATELIER « DÉCOUVERTE DE SOI PAR LE THÉÂTRE » – JEUDI 18h/20h

 

Justine F.

Réalité augmentée

Nekfeu

Issu d’une jeunesse qui m’choque, attiré par le crime, genre

Si j’me flingue en live, combien de screenshots ?

Dans la vie t’as pas d’forme mais t’en as sur les plateformes

T’as beau faire des milliers d’selfies, tu peux pas t’voir

Tu sens ton coeur battre fort, des soucis d’coeur

Le virtuel ne suscite que des suicide-girl

Chirurgie virtuelle, aucune photo sans modification

Montre-nous tes jambes, t’auras plus de 100 notifications

Faut que tes squats soient taffés, faut que

Tous les moments avec ton squad soient parfaits

Moitié femme, moitié machine

Si tu suis pas la mode, ils diront que tu es moins chic

Je me sens renoi, juif, blanc, rebeu et noichi

Jamais je ne choisirai la couleur du emoji

Tellement de controverses contrefaites,

Tellement de Control C, Control V

Le miroir élabore un moratoire, tu crois être un homme rare

Toi t’es un énorme rat de laboratoire, qu’on formera

Fermement, conformément à leur morale

Et qu’on enfermera dans un mouroir, où est l’amour-roi ?

 

Céline

Sylvie

Xavier Durringer

J’ai le type même d’une fille sans type. On se retourne pas sur moi. On me dit souvent que je ressemble à quelqu’un. J’ai un prénom commun et personne ne s’en rappelle jamais, SYLVIE, dites Sylvie pour voir, Sylvie, Syl-vie, plusieurs fois, faut que ça rentre !

Sylvie, c’est pas dur putain à se souvenir merde, en plus j’arrête pas de faire des efforts, je m’épile à la cire, les aisselles, les sourcils, les poils sur les seins et alors là, bonjour, faut essayer, une fois pour essayer.

J’achète des crèmes et tout, des rouges à lèvres pour agrandir la bouche, des soutifs à balconnets pour faire ressortir les seins, des piqûres pour rentrer les fesses, mais rien n’y fait, Sylvie, on retient pas ! Je fais des régimes draconiens mais tout me profite à moi, une pomme, un pépin de raisin et j’enfle, même le sport à moi ça me fait gonfler, je gonfle, je vous jure, je gonfle, j’en peux plus. SYLVIE MERDE !

 

Emilien

La Machine Infernale

Jean Cocteau

Avec Justine

 

Inutile de fermer les yeux, de détourner la tête. Car ce n’est ni par le chant, ni par le regard que j’opère.

Mais, plus adroit qu’un aveugle, plus rapide que le filet des gladiateurs, plus subtil que la foudre, plus raide qu’un cocher, plus lourd qu’une vache, plus sage qu’un élève tirant la langue sur des chiffres, plus gréé, plus voilé, plus ancré, plus bercé qu’un navire, plus incorruptible qu’un juge, plus vorace que les insectes, plus sanguinaire que les oiseaux, plus nocturne qu’un œuf, plus ingénieux que les bourreaux d’Asie, plus fourbe que le cœur, plus désinvolte qu’une main qui triche, plus fatal que les astres, plus attentif que le serpent qui humecte sa proie de salive ; je sécrète, je tire de moi, je lâche, je dévide, je déroule, j’enroule de telle sorte qu’il me suffira de vouloir ces nœuds pour les faire et d’y penser pour les tendre ou pour les détendre ; si mince qu’il t’échappe, si souple que tu t’imagineras être victime de quelque poison, si dur qu’une maladresse de ma part t’amputerait, si tendu qu’un archet obtiendrait entre nous une plainte céleste ; bouclé comme la mer, la colonne, la rose, musclé comme la pieuvre, machiné comme les décors du rêve, invisible surtout, invisible et majestueux comme la circulation du sang des statues, un fil qui te ligote avec la volubilité des arabesques folles du miel qui tombe sur du miel.

 

 

Luisa

Tout est toujours parfait, l’art d’accepter ce qui est

François Lemay

 

Si tu pouvais entendre les plus beaux paysages te parler, tu les entendrais te chuchoter à l’oreille : cette grandeur et cette beauté que tu vois, sont aussi en toi.

Si tu pouvais entendre la mer te parler, tu l’entendrais te chuchoter à l’oreille : Allez, viens danser, sois dans le mouvement, n’attends pas d’être totalement prêt. Le moment parfait, c’est maintenant. Tout est toujours parfait alors « go with the flow ».

Si tu pouvais entendre ton âme te parler, tu l’entendrais te chuchoter à l’oreille : « écoute le silence, observe la nature, regarde les étoiles, savoure le soleil, accueille la nuit, honore ta grandeur et surfe sur les vagues des cycles et du changement. Et surtout, crois en cette force créatrice qui coule en toi et laisse la nature faire son œuvre à travers toi. Car en ce moment et à chaque instant de ta vie, l’Univers conspire à ta pleine réalisation. A chaque souffle de vie que tu expérimentes, crois-moi, tout est toujours parfait dans ce grand plan ».

 

 

 

 

 

Auriane

Outsider

Howard Becker

Fond musical : jazz

Je vais te dire, les musiciens ne sont pas comme tout le monde. Ils parlent autrement, ils se conduisent autrement, ils ne ressemblent à personne. Ils ne sont vraiment pas comme les autres, c’est tout … C’est difficile de sortir du milieu de la musique parce que tu te sens si différent des autres. Les musiciens mènent une vie exotique, un peu comme dans une jungle.

Quand ils débutent, ce sont simplement des types ordinaires, issus de petites villes, mais une fois qu’ils sont entrés dans ce milieu, ils changent. C’est comme une jungle, sauf que leur jungle, c’est une bagnole surpeuplée.

Si tu vis dans ce milieu assez longtemps, tu deviens complètement différent. Etre musicien, c’est formidable. Je ne le regretterai jamais. Je comprends des choses que les gens ne comprendront jamais.

 

 

 

Christine T.

Le livre secret des fourmis

Bernard WERBER

 

Rien de ce qui vous entoure dans le temps et dans l’espace n’est inutile.
… Vous n’êtes pas inutile.
Votre vie éphémère a un se ns.
Elle ne vous conduit pas à une impasse.
Tout a un sens.

Agissez.
Faites quelque chose, de minuscule peut-être, mais bon sang, faites quelque chose de votre vie avant de mourir.
Vous n’êtes pas né pour rien.
Découvrez ce pour quoi vous êtes né.
Quelle est votre infime mission ?

Vous n’êtes pas né par hasard.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Annick

Le temps d’un soupir….

Annick DESPREZ

 

Les Vénitiens m’adorent…mais la Noire me déteste !

Du bien-être à l’extase, de la mélancolie à la tristesse…

Je m’éclate !

Tapi au creux de vos vies, je me nourris de vos émotions…

Peu m’importe votre indifférence !

J’ATTENDS MON HEURE… !

Les cheveux blancs, la vieillesse, la maladie…

Et voilà que je deviens LE centre d’intérêt !

JE VOUS FAIS PEUR ?

Quel dommage !  Nous avions le temps de nous apprivoiser, non ?

A très vite…

 

 

 

Chantal

La cruche

Georges Courteline

Je ne fais pas l’intéressante; je dis seulement: « La chance et moi… », parce que vraiment, la chance et moi… Jamais je n’ai eu de chance; jamais. A la maison, maman me battait sous prétexte que je faisais la noce. A l’atelier, on se moquait de moi parce que, justement, je n’avais pas d’amoureux et que, par-dessus le marché, je ne trouve rien à répondre quand on me tourne en ridicule. Je ne sais que pleurer! Ce n’est pas de ma faute!…

Tout cela, inévitablement, devait me livrer, un jour ou l’autre, au premier passant venu qui me tendrait les bras. Ce fut Charles qui passa. J’étais à plaindre: il me plaignit. Il en eut l’air, du moins, mais je n’en demandais pas plus, car c’est le malheur de ma vie de m’en remettre aux apparences et de croire les gens sur parole. Tous les soirs, à la sortie du travail, je le trouvais qui m’attendait au coin de la rue Vide-Gousset et de la place des Victoires.

Nous, nous en revenions ensemble par le Métro, et, des fois, avant de se quitter, comme c’était dans la belle saison, on s’arrêtait à prendre un petit quinquina, chez un troquet de Ménilmontant, où il y a des tables sous les arbres. On était bien, on était seuls…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mélissa

 

Eternal Sunshine of the Spotless Mind

Michel Gondry

 

Monsieur Barich, si vous voulez bien, entrez.

A nous.

Avant tout, ce que nous attendons de vous, Monsieur Barich, c’est que vous rentriez chez vous et que vous rassembliez tout ce que vous possédez qui peut avoir un rapport avec Clémentine. Absolument tout. Nous nous servirons de ces objets pour dresser une carte des souvenirs de Clémentine dans votre cerveau, d’accord ? Nous aurons besoin de photos, de vêtements, de cadeaux, de livres qu’elle aurait pu vous offrir, de CD que vous auriez achetés ensemble, d’articles de journaux… TOUT !

Monsieur Barich, nous allons débarrasser votre maison, débarrasser votre vie de Clémentine, et une fois que la carte sera établie, nos techniciens procéderont à l’effacement chez vous, ce soir. Comme ça, demain matin, vous vous réveillerez dans votre lit, comme si rien ne s’était passé, avec une nouvelle vie qui vous attend !

Monsieur Barich !

 

 

 

Laurence

On ne Badine pas avec l’Amour

Alfred de Musset

 

Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux.

On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Louis

Matière à rire

Raymond DEVOS

Vous savez que j’ai un esprit scientifique. Or récemment, j’ai fait une découverte bouleversante ! En observant la matière de plus près …
j’ai vu des atomes … qui jouaient entre eux … et qui se tordaient de rire !

Ils s’esclaffaient ! Vous vous rendez compte … des conséquences incalculables que cela peut avoir ? Je n’ose pas trop en parler, parce que j’entends d’ici les savants !
– Monsieur, le rire est le propre de l’homme ! Eh oui ! …  Et pourtant !
Moi, j’ai vu, de mes yeux vu … des atomes qui : Ha, ha, ha !
Maintenant, de quoi riaient-ils ? Peut-être de moi ?
Mais je n’en suis pas sûr ! Il serait intéressant de le savoir.
Parce que si l’on savait ce qui amuse les atomes, on leur fournirait matière à rire…
Si bien qu’on ne les ferait plus éclater que de rire.
Et que deviendrait la fission nucléaire ?
Une explosion de joie !